Grand officier de la Légion d'honneur - « Paul Fénédory : Servir la France ! »
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Il est des parcours individuels qui, à eux seuls, racontent l’histoire d’un siècle, ses fractures, ses combats et ses fidélités. La vie de Monsieur Paul Fénédory, désormais installé à Digoin, appartient à cette catégorie rare. À travers son engagement, ses épreuves et sa constance, elle incarne une certaine idée de la France : celle du choix, du service et de l’honneur !
La cérémonie organisée le 20 décembre 2025 au Dock 713 en a offert une illustration particulièrement forte. Sous l’autorité de Monsieur Sébastien Martin, ministre délégué chargé de l’Industrie, la Nation a rendu hommage à Monsieur Paul Fénédory en lui remettant les insignes de Grand Officier de la Légion d’Honneur, une dignité exceptionnelle, strictement limitée à 250 récipiendaires sur l’ensemble du territoire national.
Autour de M. Fénédory et des membres de sa famille, neuf drapeaux étaient déployés, rappelant les engagements, les combats et la fidélité au service de la France. De nombreuses autorités civiles et militaires avaient tenu à être présentes pour saluer ce parcours hors du commun : David Bême, maire de Digoin ; Fabien Genet, sénateur de Saône-et-Loire ; Josiane Corneloup, députée ; Monsieur le sous-préfet de Charolles David Roche, le lieutenant-colonel Ronan Cottin, ainsi que de nombreux élus et corps constitués du territoire. Dans ce cadre solennel et empreint de respect, la République s’est inclinée devant la vie, les sacrifices et l’engagement exceptionnel de Monsieur Paul Fénédory.

Une jeunesse forgée par l’exil et la discipline
Né le 11 février 1929 à Cao-Bang, au cœur du Tonkin, Paul Fénédory est issu d’une double filiation, chinoise par sa mère, française par son père, militaire corse alors déjà marié en métropole. Son enfance est d’abord marquée par une relative aisance, rapidement brisée par la volonté paternelle de le faire rapatrier en France. Pour éviter cette séparation, sa mère s’enfuit avec lui. Commence alors une période d’errance et de grande précarité, jusqu’à ce qu’elle prenne la décision douloureuse de le confier à un orphelinat. Cette rupture précoce forge chez l’enfant une indépendance et une capacité de résilience hors du commun.
Très jeune, Paul Fénédory trouve dans le scoutisme un cadre structurant, fondé sur la discipline, l’entraide et le dépassement de soi. Ces valeurs le conduisent vers la voie militaire. En 1943, il est admis à l’École des enfants de troupe eurasiens de Dalat. Il n’a alors que quatorze ans. Élève sérieux et déterminé, il se distingue par son sens du devoir et sa maturité, dans un contexte régional profondément bouleversé par la guerre.
Épreuve et choix : la France avant tout
En 1945, alors qu’il n’a que seize ans, il est capturé par les forces japonaises à Kompong-Chang. Il connaît l’internement dans plusieurs camps successifs, au Cambodge puis au Laos : Phnom Penh, Roumeas, Paksé, Boloven. Cette captivité, vécue dans des conditions extrêmement éprouvantes, constitue une épreuve fondatrice. Elle lui révèle à la fois la brutalité des conflits et l’importance absolue de la dignité humaine, même au cœur de la guerre. À la suite de la capitulation japonaise et des bombardements d’Hiroshima et Nagasaki, il est remis aux autorités françaises le 2 septembre 1945 à Saigon.

De l’ombre des camps à la lumière de l’engagement
À peine libéré, Paul Fénédory fait un choix décisif : servir la France. Le 10 septembre 1946, il entre en service comme jeune enfant de troupe, avant de s’engager volontairement le 11 février 1947 au sein de l’armée de Terre, dans l'armée es Troupes de Marine. Il n’a pas encore dix-huit ans et s’engage pour un pays qu’il n’a jamais vu, mais auquel il décide librement de lier son destin.
Rapidement, il se distingue au combat durant la guerre d’Indochine. De Mimot à Kim-Son, il fait preuve d’un courage remarquable, souvent au péril de sa vie. En janvier 1949, lors d’une attaque rebelle à Kim-Son, il est grièvement blessé par des éclats de grenade, mais continue de combattre et de commander sous le feu. Ses actions lui valent de nombreuses citations et décorations, témoignages de son courage, de son sang-froid et de son sens du commandement. Mais au-delà de la bravoure, ses supérieurs soulignent également sa conduite exemplaire : le respect des prisonniers, le refus des brutalités, la maîtrise de la violence dans un contexte où tout pourrait y conduire.
Du capitaine au Grand Officier : un destin d’engagement
Sa carrière se poursuit sur plusieurs théâtres d’opérations extérieurs : Afrique occidentale française, Afrique du Nord, Antilles, Sénégal. Il gravit progressivement tous les échelons de la hiérarchie, de caporal à capitaine, avant d’être nommé chef de bataillon à titre honorifique. Neuf citations, de nombreuses croix de guerre, la Médaille militaire obtenue en 1950, puis l’Ordre national du Mérite et la Légion d’Honneur jalonnent un parcours d’une rare densité.
Radié des cadres de l’armée active en 1976, il continue à servir dans la réserve jusqu’en 1986, date à laquelle il est admis à l’honorariat. En 2018, il est élevé à la dignité de Commandeur de la Légion d’Honneur, reconnaissance majeure d’une vie consacrée au service de la Nation.
Aujourd’hui âgé de 97 ans, Monsieur Paul Fénédory a reçu les insignes de Grand Officier de la Légion d’Honneur, distinction exceptionnelle, réservée à un nombre très limité de personnalités ayant rendu des services éminents à la France. À travers cet hommage, la Nation salue non seulement un soldat valeureux, mais aussi une trajectoire humaine exemplaire, marquée par la fidélité choisie, l’exigence morale et le courage silencieux. Son parcours rappelle avec force que l’honneur n’est pas un héritage, mais un engagement de toute une vie.






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